MÉMOIRE

Du latin memoria, « aptitude à se souvenir, souvenir, ensemble de souvenirs, témoignage du passé », à relier à la racine proto-indo-européenne (s)mer : « se souvenir ».

Sans cesse, notre grand-mère nous disait : « Vous avez raison de voyager autant, vous créez une réserve de souvenirs qui égayeront vos vieux jours. » Vision très pragmatique de l’évasion qui n’enlevait rien au plaisir que B. ressentait elle-même lors de ses escapades en groupe. Alors, dès que nous lui annoncions un nouveau projet d’ailleurs, sur un littoral breton, dans un village italien ou parmi les arbres d’une forêt américaine, ses yeux bleus s’illuminaient, prélude des retrouvailles à venir pendant lesquelles, toujours dans son appartement parisien et souvent autour de crêpes, nous lui raconterions nos impressions à chaud.

Ce témoignage livré, les anecdotes de voyage se tassent, se ramassent, s’économisent, se sacrifient, même, pour se concentrer sur le plus ordinaire ou, au contraire, sur l’exceptionnel, sur le tendre ou sur le drame. Après une mise en sommeil nécessaire au phénomène, soudain, la mémoire accouche et touche le coeur. Le souvenir est né. Nous l’attendions avec fébrilité. Car comment vivre au quotidien sans compter sur le plaisir de se sentir basculer, tout d’un coup, sans préambule, dans la réminiscence d’une expérience vécue ? Que son déclic soit visuel, olfactif, tactile, gustatif, auditif ou qu’elle obéisse – sans stimulus extérieur – à notre cerveau, qu’elle est bienvenue, cette glissade dans un temps décalé, dans un environnement lointain, dans une ambiance isolée. Souvenons-nous maintenant, souvenons-nous toujours.

Source : CNRTL

Image : couverture du sixième numéro du magazine de Terres d’Aventure, pour lequel cette étymologie a été rédigée. Commandez gratuitement votre exemplaire ici.