Café

Emprunté au turc qahve ; lui-même emprunté à l’arabe qahwa soit directement, soit par l’intermédiaire de l’italien (à partir de la région de Venise) attesté d’abord sous les formes caveé ; la forme caffè est attestée en 1615 à Venise.

L’excellent article d’Alyssa Pelish paru sur Slate.fr revient sur la fabuleuse histoire du mot café. Un emprunt lexical effectué en Arabie heureuse au XVe siècle inondera l’Europe avant de conquérir l’Extrême-Orient pendant l’époque coloniale. N’hésitez pas à vous servir une tasse, cette histoire est un peu longue.

« La boisson et le mot semblent trouver leur origine dans le Yémen du XVe siècle. Si les cerises de café descendent au départ des hauts plateaux éthiopiens, les musulmans soufis de Moka furent les premiers à griller, moudre et infuser les graines de ces fruits pulpeux. »

« En Éthiopie, les Oromos appelaient ces fruits bun ; les soufis donnèrent alors à leur puissant breuvage le nom de qahwaht- el-bun, qui pourrait se traduire à peu près par vin de la graine. Ils buvaient ce qahwah, comme il allait bientôt s’appeler, afin de pouvoir s’adonner toute la nuit à leurs rituels religieux. Selon cette étymologie, le mot qui allait ensuite s’emparer du monde possède donc une origine arabe. »

« Mais une autre histoire explique celle du café : selon cette dernière, le mot soufi kahwa viendrait de la province de Kaffa, au sud-ouest de l’Éthiopie, où les caféiers poussaient à l’état sauvage. De récentes études génétiques infirment cependant cette seconde théorie, en laissant entendre que les cerises de café utilisées par les anciens yéménites appartenaient plutôt à une variété poussant à l’est du pays – plus près du Yémen, et plus loin de Kaffa. » 

« Dans tous les cas, qahwah est le mot qui allait se répandre. Après son arrivée dans d’autres communautés soufies du Caire, de Damas et de la Mecque, la sombre liqueur devint une boisson sociale dans quasiment tout le monde musulman – et sans doute jusqu’à la côte de Malabar, en Inde. Au début du XVIe siècle, les baies cultivées dans les montagnes yéménites s’exportaient sur les routes marchandes de la mer Rouge et de l’océan Indien, mais aussi dans les caravanes de chameaux traversant le désert. »

« Avec l’extension de l’Empire Ottoman au cours du XVIe siècle, les Turcs ont aussi pris l’habitude de boire du qahwah. Et c’est aussi à cette époque qu’on observe des évolutions phonétiques fondamentales pour comprendre les noms que le jus noir prendra aux quatre coins du globe. »

« Les Vénitiens, qui occupèrent une grande partie de Constantinople et établirent un consulat dans la ville marchande d’Alexandrie dès le XIVe siècle, furent sans doute les premiers à goûter du kahvè ou du qahwah. De fait, en 1585, on peut lire sous la plume d’un magistrat vénitien de la ville de Constantinople que les Turcs boivent une eau noire aussi chaude qu’ils peuvent la souffrir, qui est l’infusion d’une baie nommée cavi. En 1592, un autre Italien, de Padoue cette fois-ci, publiait un traité en latin intitulé Les plantes d’Égypte et faisant référence au caova qu’il avait bu au Caire. En 1615, un autre Italien mentionnant un autre Vénitien de Constantinople parle pour sa part de cahou. »

« La réelle intégration du mot dans les langues européennes devra attendre l’intégration du breuvage dans les habitudes des Européens. Ce qui se produisit entre la seconde moitié du XVIIe siècle et tout au long du XVIIIe siècle. Pendant cette période, où l’on rencontre alternativement du copha, du cahvè, du cahou ou du caffao – entre autres surnoms – la boisson allait passer d’une fantaisie prisée par l’élite européenne et quelques immigrés, à un produit promu par les apothicaires pour ses vertus curatives, cameloté dans les rues et les marchés, jusqu’à l’ouverture du premier café à Londres, en 1652. »

« Au début du XVIIIe siècle, le mot ne tournait plus dans les bouches européennes comme une curiosité exotique. Le coffee, devenu la norme des brochures et des périodiques circulant en Angleterre, une prise de café, apparaissant dans un bon de commande français et La bottega di caffè, titre d’une comédie italienne populaire en 1750, font écho à une orthographe déjà commune depuis des décennies. »

« Mais il s’agissait simplement de l’Europe, du monde arabe, de l’Empire Ottoman et de quelques pays musulmans un peu plus lointains. Les apparentés du café avaient encore tout un monde à conquérir. Ce qui, malheureusement, se fit largement grâce aux colonisateurs européens. Les Néerlandais furent les premiers Européens à cultiver des arbustes à koffie dans leurs colonies. D’où le fait que la boisson s’appelle kofi en sranan tongo, le créole surinamais. De même, des cultivars du koffie devinrent du kopi dans divers dialectes javanais. À Ceylan, colonie britannique, les tamouls boivent du kappi. Les plantations espagnoles de café, cultivées par des Philippins, ont donné du kapé en tagalog. »

« Un processus encore plus éclectique explique l’apparition du mot dans les pays d’Extrême-Orient. En Chine, le kā-fēi reprend la prononciation des missionnaires français qui auraient planté leurs premiers caféiers dans le Yunnan du XIXe siècle. Les Japonais ont sans doute goûté du koffie grâce à un marchand néerlandais de l’île de Dejima au cours du XVIIe siècle, d’où le mot de ko-hi – qui devra pourtant attendre l’expansion des compagnies caféières brésiliennes du XXe siècle pour faire véritablement souche. De même, si le ko-faï est censé avoir été introduit à la cour du roi de Corée via un ambassadeur russe des années 1890, peu de Coréens en buvaient avant que les Américains abreuvent leurs bases de café lyophilisé pendant la Guerre de Corée, époque à laquelle la prononciation actuelle de kapi serait apparue. »

Sources : http://www.cnrtl.fr/etymologie/caf%C3%A9, http://www.slate.fr/story/96383/stimulante-histoire-du-cafe et http://www.littre.org/definition/caf%C3%A9

Image : Sculptures de café © Kazuki Yamamoto

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