Assassin

Traditionnellement du nom de la drogue « haschisch ».

Ceux que l’on appelle aujourd’hui Assassins dominent la région d’Alamut pendant près de deux siècles entre la fin du XIe et le milieu du XIIIe. Suivant les préceptes de l’ismaélisme nizarite (passons…), les fidèles forment un véritable État indépendant régi par Hassan ibn al-Sabbah, qui prend la forteresse d’Alamut en 1090. Un aigle (aloh) lui aurait indiqué (āmūt) un fort pré-existant sis à 2000 mètres d’altitude sur un éperon rocheux.

L’existence de ce groupe mystique a été romancée par de nombreux écrivains. C’est surtout Marco Polo (1254-1324) qui décrit, alors que la forteresse d’Alamut n’était déjà plus qu’une ruine lors de son passage, les jardins exubérants dans lesquels s’enferment les fidèles initiés aux secrets de la religion nizarite, qui témoigne de la pratique de suicides gratuits afin de prouver l’allégeance au maître, le « Vieux de la Montagne », qui relate le terrorisme pratiqué dans la région par les Assassins et leurs attentats contre les souverains musulmans contemporains.

La secte, extrêmement mal vue, se voit affublée d’un terme dépréciatif : « assassin », car les fidèles sont censés consommer du haschisch pour parvenir au secret divin de leur secte ou pour se donner du courage avant de répandre la terreur. Certains diront que le terme provient plutôt du persan asâs, qui signifie « base », « fondement ». Hassan aurait aimé appeler ses adeptes Assassiyoun, « ceux qui sont fidèles au Assas », au « fondement » de la foi. La recherche de l’étymologie exacte reste ouverte.

Reste que le potentiel épique et romantique de la première étymologie explique son adoption générale en Occident du Moyen Âge au XXe siècle. Du Livre des merveilles de Marco Polo au jeu vidéo Assassin’s Creed en passant par la bande dessinée La Maison dorée de Samarkand d’Hugo Pratt, les pratiques secrètes et violentes de l’État fondamentaliste ont inspiré de nombreux domaines.

Source : http://www.iranicaonline.org/articles/alamut-valley-alborz-northeast-of-qazvin et http://expositions.bnf.fr/marine/grand/fr_2810_017.htm

Image : Le Vieux de la Montagne drogue les Assassins, ses disciples. Marco Polo (1254-1324), Le Devisement du monde ou Livre des Merveilles. Récit de 1299, copié à Paris vers 1410-1412. Enluminure par le Maître de la Mazarine et collaborateurs. Manuscrit sur parchemin, 299 feuillets, 42 x 29,8 cm. BnF, département des Manuscrits, Français 2810, fol. 17 © Bibliothèque nationale de France. Sur cette enluminure, on voit le Vieux de la Montagne droguer ses disciples avant qu’ils commettent un possible forfait : À leur réveil, les enfants pensent être au Paradis, tant l’endroit est magnifique. Les dames et les demoiselles leur font sans cesse des douceurs. Jamais ils ne penseraient quitter un tel lieu de leur plein gré. Le Vieux de la Montagne tient noble, digne et grande cour, et fait accroire aux hommes de son entourage qu’il est un grand prophète. Et ils le croient réellement. Quand il veut disposer d’un Assassin pour quelque mission, il fait donner à boire d’un certain breuvage à l’un de ceux qui sont dans le jardin. Puis, il le fait porter dans son palais. À son réveil, celui-ci s’humilie profondément devant lui, croyant avoir affaire au vrai prophète. À la question du Vieux : « D’où viens-tu ? », il répond : « Du Paradis. » Et il ajoute que le Paradis est bien comme le dit Mahomet. Son seul rêve est d’y retourner. Quand le Vieux veut faire assassiner un grand seigneur, il dit à ses Assassins : « Allez assassiner un tel. À votre retour, vous retournerez au Paradis, et si par malheur vous mourez, je vous y ferai porter par mes anges ! » Ainsi leur en fait-il accroire. Et ils font tout ce qu’il commande, tant est grand leur désir de retourner dans son Paradis. Et ainsi le Vieux de la Montagne faisait-il supprimer tous ses ennemis. Les seigneurs, qui redoutaient ses sbires, achetaient sa paix et son amitié.

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